Vacances en vendée

Filer comme une anguille.

                    La reine de l’évasion.

C’était au mois d’Août 1981. Les congés payés. Nous avions loué une caravane en Vendée avec mon épouse, ma fille en bas âge et un couple de très bons amis avec également une fille en bas âge.

Lors de la réservation par téléphone, la gérante des lieux nous avait vanté la qualité de vie dans son camping.  Ajoutant au passage que je pouvais amener tout mon matériel de pêche puisque le camping était doté d’un magnifique et poissonneux étang !

Arrivés sur place un peu avant midi, nous partîmes mon ami Michel et moi, en reconnaissance des lieux. Poussant chacun nos progénitures respectives dans deux inconfortables poussettes pliantes, sur les chemins caillouteux du terrain, nous arrivâmes devant le somptueux étang tant vanté.

Je vis la mine de mon ami se déconfire à la vue du soit disant étang merveilleux. En fait d’étang il s’agissait plutôt d’un marigot d’eau croupie qui avait, peut-être dans des temps lointains, abrité quelques poissons chats couverts de sangsues.

Dépités, nous retournâmes à la caravane où nous nous sommes consolés sur l’apéritif.

Je passai la soirée à compulser mes cartes routières, à la recherche de plans d’eau ou quelques étangs susceptibles  de satisfaire nos élans halieutiques.

Le lendemain, nous nous rendons à la plage des Sables d’Olonnes. En route, à quelques kilomètres de notre destination,  je repérais une pêcherie en étang. En revenant je m’arrêterai pour me renseigner des tarifs et modes de pêche, pensais-je.

Le site était superbement aménagé pour piqueniquer en famille et pêcher tranquillement.

Le lendemain, toute la troupe débarqua au bord de l’eau avec serviettes de plage, glacières, paniers de victuailles et couches culottes.

Michel et moi avions apporté nos cannes et tout l’attirail nécessaire pour dépeupler le canal de tous les poissons y vivant.

Le maître des lieux nous avait généreusement fourni une boite de conserve pleine d’énormes lombrics à queue plate en nous prédisant de superbes prises.

Le matériel monté et les lignes tendues prêtes à pêcher, nous tuâmes le temps en sirotant quelques gorgées d’un vin rosé frais à point.

Le premier bouchon à frémir et disparaitre sous l’eau fût celui de Michel. Il bondit comme un félin sur sa canne et moulina rapidement sa ligne.

« ça tire ! C’est un beau, y doit faire une bonne livre ! »

Je dépliai l’épuisette, m’approchai du bord, prêt à réceptionner l’hôte de ces eaux. Soudain mon acolyte se mit à hurler de frayeur tout en jetant sa canne au sol et s’enfuir à une dizaine de mètres en arrière. Surpris, je récupérai rapidement la canne et amenai la prise à l’épuisette. Une anguille !

Mon ami était ophiophobe depuis sa plus tendre enfance, tout ce qui pouvait de près ou de loin ressembler à un serpent, même en photographie, provoquait, chez lui, une panique incontrôlable. Je l’ai même vu, lors d’une autre partie de pêche, détaler à la vue d’un vieux pneu de bicyclette abandonné dans les grandes herbes. Alors, une anguille, pensez donc!

Calmé, mais toujours pas rassuré, il revint sur le poste à la seule condition que je me débrouille pour décrocher ces poissons serpentiformes.

J’avais une bourriche en grille métallique, avec couvercle à ressort, que je pouvais pendre à une cordelette tout en la laissant dans l’eau. J’y introduis l’anguille en attendant les autres prises.

En fait les prises se succédèrent à un rythme soutenu. Le problème était que nous ne prenions que des anguilles de toutes tailles, de 25 à 50 cm, mais pas plus grosses que mon pouce.

Michel, charcutier, traiteur, cuisinier de génération en génération, me décrivait quelques recettes de préparation de nos anguilles. Mon rôle devait être de leur ôter la vie et la peau avant que lui ne les touche pour les assaisonner.

Je salivais déjà à la pensée d’une belle assiette de darnes d’anguilles passées au barbecue avec l’assaisonnement adéquat.

Nos épouses ayant sonné l’heure du départ, pour pouvoir faire dormir les fifilles, nous pliâmes notre matériel.

Satisfait de notre belle partie de pêche, mouvementée certes, mais prolifique, je retirais la filoche de l’eau pour m’occuper des anguilles. Oh ! Surprise ! Les anguilles contorsionnistes avaient réussi à passer au travers des mailles de la filoche, pourtant bien plus petites que leur diamètre apparent !

Ne restait dans le panier que la première prise qui était un peu plus grosse que les autres. Dépité, je lui rendis sa liberté, abandonnant du même coup toutes les perspectives d’un délicieux plat.

Le soir, nous avons diné au restaurant du camping. Les touristes Allemands étant majoritaires dans le camping, le thème de la soirée leur était dédié. À défaut d’anguilles grillées, nous nous régalâmes d’une énorme choucroute garnie.

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