Poissons d’artifice

Poissons d’artifice.

C’était un bel été il y a quelques années. Un incident avait eu lieu dans une commune du bassin minier de mon enfance.

Sur un terrain jouxtant la rivière Allagnon située un petit peu en contrebas, une cuve à mazout enterrée, certainement rongée par la rouille due à sa vétusté, avait subi une avarie.

Le fuel s’est infiltré dans le sol. Il s’ensuivit une pollution de la rivière sur quelques centaines de mètres.

Les pompiers arrivés sur les lieux n’ont pu que constater, et heureusement,  qu’aucun effet notable n’était à déplorer, hormis la puissante et désagréable odeur de mazout.

Quelques jours plus tard, accompagné de mon fidèle beau-frère, nous nous rendions à l’estaminet du village pour nous abreuver.

Accoudés au comptoir, se trouvaient les fidèles de l’apéro. Des discussions de parties de pêche s’enchaînaient toutes plus incroyables les unes que les autres. À l’extrémité du zinc, un de ces gaillards écoutait tout cela sans rien dire, en sirotant son apéritif anisé.

Quand l’occasion lui fut venue de prendre la parole, il narra sa dernière partie de pêche à la friture dans l’Allagnon.

Je vous la cite avec ses mots à lui :

la s’maine passée, dit-il, j’suis allé pêcher quèques p’tits goujons pour faire une friture et la bouffer à l’apéro de midi.

Ça puait le mazout à plein nez, j’sais pas ce qui s’est passé. J’ai pensé que c’était encore un de ces sauvages qu’était venu vidanger sa bagnole au bord de l’eau.

Bref, comme ça mordait bien, j’suis resté sur le même coin, m’en foutais d’ l’odeur. J’ai fait une p’tite bourriche de petits blancs et j’ suis rentré chez moi.

Je prépare toute cette blanchaille et je la jette dans l’huile bouillante de la poêle. P’tain, ça s’est mis à sauter d’ tous les côtés, ça pétaradait d’ partout, j’ai tout éteint à coup de torchon, j’ai bien failli fout’ le feu à la cuisine.

J’ai raconté ça à mon voisin, y m’a tout expliqué de la fuite de mazout. C’est là que j’ai compris qui z’étaient plein d’ carburant ces foutus poissons ! »

Dans un éclat de rire général, une nouvelle tournée fut servie en attendant la prochaine boutade.

Il faut dire que dans cette commune, c’est à celui qui racontera le plus gros bobard à l’apéro. Et les concurrents ne manquent pas.

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